LA YOURTE SEDENTAIRE


Mendbayar et sa fille se sont installés à Oulan-Bator il y a trois ans. Ils ont quitté les steppes et leur vie d'éleveurs nomades, pour planter leur yourte dans une des banlieues de la capitale. Chaque année, environ 40 000 mongols immigrent en ville.

Au centre-ville, les bâtiments soviétiques vétustes voient pousser les tours de verres de la mondialisation. Tout autour, les "ger district", ces quartiers de yourtes déshérités s'étendent un peu plus chaque année. A Oulan-Bator, les yourtes se sédentarisent. Elles se cachent derrière des palissades de planches. Mendbayar et Dolgorsuren partagent leur parcelle avec des colocataires, originaires de la même vallée qu'eux.

Le père a perdu son élevage il y a plusieurs années. Les "dzuds", ces grands froids provoqués par les changements climatiques, ont décimé ses troupeaux de moutons et de vaches. Pour assurer un avenir à sa fille, s'installer en ville s'est imposé comme une nécessité.

Il travaille au noir dans le bâtiment pour payer ses frais de scolarité. Elle fait des études d'administration douanière pour trouver du travail dans l'import-export. Si Oulan-Bator attire de plus en plus les jeunes, c'est grâce à essor économique considérable provoqué par l'exploitation récente de cuivre, d'or et de charbon dans le pays.

Mais vivre dans un quartier de yourtes d'Oulan-Bator n'est pas facile. En hiver, le charbon brûle dans chaque poêle et dans chaque yourte. Et la concentration des habitations provoque une stagnation de la fumée. Quand la température tombe à -20° C, l'air devient irrespirable. Dolgorsuren a dû retourner un an dans les steppes pour vivre à l'air pur et soigner une pneumonie qui s'était aggravée avec la pollution.

Si Dolgorsuren espère trouver du travail et rester en ville, Mendbayar rêve d'un nouvel élevage. Quand sa fille aura fini ses études, il retournera dans sa vallée natale reprendre une vie nomade à dos de cheval.

Mendbayar a 47 ans, il est divorcé. Il habite à Oulan-Bator avec sa fille depuis trois ans. Ils sont originaires de la région d'Urunkhangai, dans le centre de la Mongolie, où ils étaient éleveurs nomades, comme un tiers de la

Mendbayar a 47 ans, il est divorcé. Il habite à Oulan-Bator avec sa fille depuis trois ans. Ils sont originaires de la région d'Urunkhangai, dans le centre de la Mongolie, où ils étaient éleveurs nomades, comme un tiers de la population mongole. 

info
×

Mendbayar et Dolgorsuren possèdent leur yourte depuis plus de vingt ans. Ils l'ont transportée jusqu'en ville pour l'installer sur une des parcelles du quartier de Bayanhoshu, au nord de la capitale.

info
×

Les quartiers de yourtes, "ger districts" comme on les appelle en Mongolie, s'étendent de plus en plus autour de la capitale. Près de la moitié de la population totale du pays habite à Oulan-Bator, soit environ 1 400 000 personnes. Les yourtes auparavant nomades s'y retrouvent enfermées entre de hautes palissades de bois.

info
×

Mendbayar retire une des couches de tissu qui couvre le toit de la yourte. La tradition veut que la maison soit remise à neuf avant le nouvel mongol. Tout est lavé avec soin.

info
×

Dolgorsuren participe activement à l'entretien de la yourte. Elle escalade le toit pour nettoyer les vitres de la petite coupole et passe le balai sur la neige qui s'est accumulée.

info
×

Mendbayar nettoie la cheminée de la poêle à chauffer. En hiver, chaque yourte est chauffée au charbon. Dès que les températures baissent, la fumée se densifie et l'air devient irrespirable. Dans les banlieues, la pollution serait responsable d'une mort sur dix. Dolgorsuren est tombée gravement malade à cause du charbon. Mendbayar s'est aussi fait opérer d'une tumeur. Conscients du problème, le père et sa fille ont remplacé leur poêle à charbon, par une autre qui consomme de la sciure de bois. Ce combustible est plus économique et pollue beaucoup moins.

info
×

Mendbayar et sa fille remplacent le tissu épais qui couvre la yourte de l'extérieur. La précédente est noircie, la nouvelle est immaculée. Chaque année ils rachètent un nouveau tissu pour rénover leur habitat.

info
×

Dolgorsuren prépare des raviolis au mouton. Il n'y a pas de poubelle à proprement dite dans la yourte. Mendbayar et sa fille consomment très peu de produits emballés. Ils préparent souvent des pâtes fraîches faites maison et se ravitaillent en viande de mouton auprès des frères et soeurs de Mendbayar qui vivent toujours dans les steppes.

info
×

Mendbayar brûle au chalumeau une carcasse de mouton pour en racler les poils. Avant de s'installer à Oulan-Bator, il était éleveur nomade. Les grands froids ont emporté tous ses troupeaux, chevaux, moutons et vaches compris. Un phénomène qui touche de très nombreux éleveurs et accélère l'immigration urbaine en Mongolie.

info
×

Au petit matin, le chien de Mendbayar a encore très froid. Chaque parcelle de yourte est défendue par un de ces chiens mi-sauvages, mi-domestiques. A chaque passage d'un inconnu devant les palissades, c'est un concert d'aboiements agressifs. De quoi décourager les éventuels cambrioleurs.

info
×

Les yourtes n'ont pas d'eau courante. Dolgorsuren se lave tous les jours les cheveux dans une grande bassine d'eau chauffée sur le poêle. Avant de partir en cours, elle s'assoie devant son miroir et prend le temps de se maquiller. Comme toute citadine, elle attache beaucoup d'importance à son apparence.

info
×

Mendbayar n'a pas de voiture. D'habitude il prend le bus, mais ce jour là, un ami d'enfance le conduit vers le chantier où il travaille. Depuis qu'il habite à Oulan-Bator, il enchaîne les petits boulots dans le bâtiment, toujours payés au noir. Son salaire lui permet de vivre et de payer la scolarité de sa fille, mais il ne planifie rien.

info
×

Dolgorsuren est bouddhiste. Elle attache beaucoup d'importance à sa religion. Après les cours, elle se rend régulièrement au grand temple d'Oulan-Bator. Elle fait plusieurs fois le tour des stupas en faisant tourner les moulins à prière. Dans chaque yourte, les mongols prévoient un petit autel à l'honneur de Bouddha, avec des offrandes et des bougies.

info
×

Plusieurs fois par semaine, Mendbayar doit aller chercher de l'eau au puits le plus proche. En hiver, les nomades font fondre de la glace pour avoir de l'eau. En ville par contre, les habitants de yourtes remplissent des bidons de plusieurs litres qu'ils doivent payer. Mendbayar a de la chance : un nouveau puits a ouvert récemment à quelques rues de sa yourte. Avant, les trajets étaient beaucoup plus longs.

info
×

Pour le nouvel an, Mendbayar et sa fille sont retournés voir leur grand-mère qui est restée dans les steppes. L'ancien nomade ne s'est permis que quelques minutes à dos de cheval. Il ne lui appartient pas. Il rêve de retourner à la vie nomade avec un nouvel élevage. C'est promis, quand Dolgorsuren aura fini ses études, il rachètera quelques mâles et femelles.

info
×
Using Format