JUNGLE IS FINISHED


2015-2016


Il est encore tôt, à Calais, lorsqu'une trentaine de cars de CRS aborde la jungle. Les associatifs redoutaient l'évacuation de la zone sud du camp depuis plusieurs jours, mais personne ne pouvait deviner qu'elle interviendrait aussi vite. « Cela pourrait arriver demain, comme dans deux semaines » expliquait Ibrahim, gestionnaire de la « Belgium kitchen », une installation qui prépare 800 repas par jour pour les migrants. Les bénévoles avaient multiplié les réunions à ce sujet. Des nombreuses cabanes ont été taguées et portent des inscriptions de résistance comme « lieu de vie » ou « je suis debout ».


Une équipe d'employés de la préfecture fait le tour des cabanons et tente de persuader les réfugiés de quitter leur logement de fortune. Deux solutions sont proposées : rejoindre les containers installés au bord de la jungle ou quitter Calais pour un centre d'accueil ailleurs en France. Les CRS repoussent tout témoin : les réfugiés n'ont en réalité pas le choix. Une employée rétorque aux journalistes : « laissez nous travailler, c'est déjà assez difficile comme ça ». Le refus obstiné d'un migrant s'entend à l'extérieur de la cabane :« no, no, no ». Mais son habitation sera détruite quelques instants plus tard.


Plusieurs habitants de la jungle décident de monter sur les toits pour résister pacifiquement à l'évacuation. Des activistes no border les rejoignent et inscrivent des messages sur des affiches qu'ils tiennent en l'air : « en Iraq, on me tue, en France, on m'expulse ». Plusieurs personnes leur jettent de la nourriture, tandis que les forces de l'ordre encadrent la zone au pied des cabanes. Un jeu de patience semble entamé. En parallèle, de nombreux migrants déjà évacués s'en vont, emportant le peu d'affaires qu'il leur reste : un sac de couchage et quelques habits.


Soudain, des réfugiés incendient leurs habitations en signe de désespoir et d'écœurement face à cette évacuation jugée injuste. L'acte ne fait pas l'unanimité : plusieurs personnes se précipitent pour éteindre les feux. Sous la fumée, quelques projectiles sont jetés vers la ligne de CRS qui répond avec de nombreuses grenades lacrymogènes. L'air devient irrespirable dans le dédale de cabanes ou le gaz reste en suspension.


Plusieurs réfugiés et bénévoles appellent les plus zélés au calme et à la résistance pacifique. Pendant quelques instants, les migrants s'asseyent au milieu de la chaussée. Des bénévoles jouent de la musique et entament un dialogue devant la ligne de CRS. 


Derrière les forces de l'ordre, les bulldozers sont en marche et continuent de détruire les habitations. Une trentaine de cabanes sont détruites, l'évacuation devrait prendre encore plusieurs semaines.

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